+86 17673057391 Les marchés de l'acier canadien et américain commencent à diverger
L'industrie sidérurgique canadienne a été fortement touchée par le rétablissement des droits de douane depuis le retour au pouvoir du président américain Donald Trump en janvier.
Jusqu'au 12 mars, le Canada était exempté des droits de douane de 25 % prévus par l'article 232, tout comme le Mexique, depuis mai 2019. Cependant, à compter de cette date, les importateurs d'acier américains sont désormais tenus de payer un droit de douane de 25 % sur l'acier d'origine canadienne, avec la possibilité que des droits de douane supplémentaires soient imposés à l'avenir.
Ce nouveau tarif douanier devrait freiner la demande d'acier canadien, ce qui pourrait réduire la taille du secteur sidérurgique canadien, à moins d'une diminution des volumes d'importation et d'une expansion des sidérurgistes sur d'autres marchés internationaux.
Le Canada, participant clé de l'ACEUM (Accord États-Unis-Mexique-Canada), est depuis longtemps le principal exportateur d'acier vers les États-Unis, une position qu'il occupe au moins depuis 2010. Les sidérurgistes canadiens produisent environ 12 millions de tonnes d'acier par année, dont la moitié est destinée aux États-Unis. En 2024, près de 95 % des exportations canadiennes d'acier étaient destinées aux États-Unis, ce qui souligne la forte dépendance du pays à l'égard de son voisin du sud.
De plus, le Canada est l'un des plus importants importateurs d'acier américain, avec près de quatre millions de tonnes importées annuellement au cours de la dernière décennie. En 2023, le Canada et le Mexique représentaient 93 % des 8,4 millions de tonnes d'acier exportées des États-Unis.
Les prix de l'acier canadien divergent des prix américains.
Historiquement, les prix de l'acier au Canada et aux États-Unis ont suivi une évolution similaire. En octobre 2024, le prix des bobines laminées à chaud aux États-Unis s'établissait à 772 USD la tonne, contre 776 USD la tonne au Canada. Toutefois, dès mars 2025, les prix américains avaient grimpé de 38 % par rapport aux prix canadiens. Selon les répondants de MEPS (Metallurgical Engineering and Processing Services), les aciéries canadiennes ont initialement absorbé l'impact du tarif douanier de 25 %, mais cette stratégie devrait devenir intenable à long terme. Face à l'augmentation de la production nationale et à l'imposition du même tarif aux importations à bas prix en provenance d'autres pays, les acheteurs américains devraient devenir moins dépendants de l'acier canadien.
Les producteurs canadiens ressentent déjà les effets de la baisse de la demande américaine. En mars 2025, seulement 414 000 tonnes d’acier d’origine canadienne ont été importées aux États-Unis, soit le volume le plus faible depuis les premiers mois de la pandémie de COVID-19 en 2020.
Ronsco prévoit que les prix américains resteront environ 25 % plus élevés que les prix canadiens tant que les tarifs douaniers de l'article 232 seront en vigueur. Cette situation représente un défi de taille pour les aciéries canadiennes, compte tenu de l'interdépendance étroite des économies des deux pays. Parmi les principaux producteurs d'acier du Canada – Stelco, Dofasco et Algoma – Algoma semble être le plus vulnérable aux pressions actuelles du marché.
Les aciéries canadiennes sollicitent l'aide du gouvernement
Alors que Stelco et Dofasco bénéficient du soutien de grandes sociétés mères, Algoma opère de manière indépendante et dispose d'une capacité de production d'acier annuelle d'environ 3 millions de tonnes. L'entreprise est en train de finaliser un projet de 875 millions de dollars visant à remplacer ses hauts fourneaux par des fours à arc électrique (FAE).
« Le moment choisi pour ce projet d’investissement, combiné au rétablissement des droits de douane de 25 % en vertu de l’article 232, ne pourrait pas être pire pour Algoma », a déclaré un analyste du marché de l’acier chez Ronsco.
L’Association des producteurs d’acier du Canada exhorte le gouvernement fédéral à accroître son soutien au secteur sidérurgique. Face à la surcapacité mondiale, l’industrie réclame des mesures de protection supplémentaires pour préserver les aciéries canadiennes des pressions sur les prix exercées par les importations à bas coût. Elle plaide également pour l’instauration de mandats « Acheter canadien » dans les marchés publics d’infrastructures afin de soutenir l’industrie locale.
En octobre 2024, le Canada a imposé un droit de douane de 25 % sur l’acier et l’aluminium chinois. En représailles aux droits de douane américains, le Canada a également imposé un droit de douane de 25 % sur 29,8 milliards de dollars américains de marchandises américaines, dont 12,6 milliards de dollars américains de produits sidérurgiques. De plus, le gouvernement canadien a récemment mené une consultation auprès des parties prenantes afin de recueillir leurs commentaires sur les futures politiques d’importation d’acier.
Sans soutien supplémentaire, l'industrie sidérurgique canadienne pourrait connaître un avenir plus restreint et moins compétitif.

